Éditorial

Editorial

Pour Les Urbaines, cette année prend exceptionnellement la forme d’une double ration – ou presque –, conséquence inattendue de l’interruption contrainte de 2020. Avant l’édition classiquement hivernale de décembre prochain, c’est une édition spéciale, surprise de ce début d’été, qui se donne en effet à vivre. Aucune surabondance pourtant avec cette formule dédoublée, mais le constat de nécessités auxquelles nous devons répondre : l’impératif de ne pas engorger notre programmation à venir avec un simple report, dont l’effet délétère ôterait momentanément toute perspective de présenter de nouveau.elle.x.s artistes, nous plaçant en porte à faux avec l’identité d’une manifestation dont le rôle est de recueillir sans relâche les esthétiques naissantes ; l’exigence, aussi, d’exposer à nouveau les publics aux formes et courants de demain, en retrouvant un terrain d’expression adéquat pour celleux qui les portent.

L’édition spéciale, en partie en plein air et réunissant une vingtaine d’artistes de la programmation de décembre passé, s’apparente en ce sens à la reconquête d’un espace interstitiel, au-delà du seul horizon digital, pour des esthétiques émergentes en mal de visibilité. Avec une précaution, celle d’éviter d’assigner une mission rassembleuse et réconfortante à l’événement et aux projets qui le façonnent. Les propositions méritent d’être considérées pour elles-mêmes, dans une pluralité des discours, des thèmes, des ressentis et des interprétations, discordances dont le format d’un festival se fait l’essentiel reflet. Un reflet qui se destine à chacun.e.x et qui, pour cette raison précisément, se vit à cette occasion dans un cadre plus intimiste que de coutume puisque l’événement prend le parti de se tenir aux limitations de jauge et de fête plutôt que de conditionner son accès à un certificat qui instaurerait un tri des publics, inconcevable pour un festival accessible à tou.te.x.s.

Refusant la tiédeur de l’agrément, modifiant, remuant et multipliant le perceptible, les esthétiques nouvelles et non conformistes portées par Les Urbaines nous incitent à enrichir notre imagination dans un rapport au monde fondé sur la curiosité et l’attention. La hâte et la joie sont grandes de retrouver ceci avec vous.

Bienvenue à cette édition spéciale !
Ysaline Rochat et Samuel Antoine

For Les Urbaines, this year exceptionally is taking the form of a double ration - or almost - as an unexpected consequence of the imposed interruption of 2020. Prior to the classic winter edition next December, it is a special edition, a surprise for the beginning of the summer, that is to be experienced. Nevertheless, there is no such thing as an overabundance with this doubled formula, but rather the acknowledgement of necessities to which we must respond: the imperative to avoid clogging up our future programming with mere postponement, the deleterious effect of which would momentarily remove any prospect of presenting new artists, placing us at odds with the identity of an event whose role is to relentlessly collect nascent aesthetics ; the urgency, also, of exposing audiences once again to the forms and streams of tomorrow, by finding an adequate field of expression for those who carry them.

In this sense, the special edition, partly open-air and bringing together some twenty artists from last December's programme, resembles the reclaiming of an interstitial space, beyond the sole digital horizon, for emerging aesthetics in need of visibility. The only caution being to avoid assigning a unifying and comforting mission to the event and the projects that shape it. The proposals deserve to be considered for themselves, in a plurality of discourses, themes, feelings and interpretations, discordances which the format of a festival essentially reflects. A reflection that is intended for everyone and which, precisely for this reason, is experienced on this occasion in a more intimate setting than usual, since the event takes the stance of complying to the limitations of capacity and festivity rather than conditioning its access to a certificate that would establish a sorting of audiences, inconceivable for a festival accessible to all.

Refusing the tepidness of convenience, modifying, stirring and multiplying the perceptible, the new and non-conformist aesthetics carried by Les Urbaines incite us to enrich our imagination in a relationship to the world based on curiosity and attention. It is with great anticipation and joy that we return to it with you.

Welcome to this special edition!
Ysaline Rochat and Samuel Antoine